éfiance ou état de grâce : la presse déboussolée vis-à-vis de Hollande

Publié le par regis-andre

Des Unes de sceptiques et menaçantes - © Razak

Des Unes de sceptiques et méfiantes – © Razak

“La France sous surveillance“, Challenges. “Le Peuple t’a à l’oeil“, Polka. “Jusqu’ici tout va bien” pour Marianne qui agrémente le tout d’une bombe prête à exploser. Étonnante juxtaposition des Unes de nos magazines de la semaine passée. Tous ces titres allient la défiance à la menace à peine voilée.  Il faut croire que la presse avait alors décidé de surfer sur le scepticisme ambiant, faisant sienne l’idée que François Hollande venait d’être élu par défaut, pour se débarrasser de Nicolas Sarkozy.

Après les Unes hagiographiques pour le vainqueur, voilà vite que la défiance a pris la place de la joie exprimée dans la rue le soir du 6 mai.
Une manière d’illustrer ce que beaucoup prédisaient au nouveau président de la République. L’absence d’état de grâce. De Michel Sapin à Standard & Poor’s en passant par Le Monde, ils étaient nombreux à prédire cette absence d’état de grâce. “Jamais une alternance n’est intervenue dans un climat économique et social aussi lourd. La crise de la dette persiste en Europe. Le chômage s’envole. La récession menace“, voilà qui permettait au Monde d’annoncer que “le président Hollande n’aura donc pas le droit à l’état de grâce qui accueille tout nouveau locataire de l’Elysée“.

Mais les Unes des magazines se périment plutôt vite ces temps-ci.  Le Journal du Dimanche publiait hier un sondage IFOP dans lequel les personnes interrogées se disent satisfaites à 61% de François Hollande et 65% de Jean-Marc Ayrault, faisant de ce dernier le Premier Ministre le plus populaire de la Vème République. Et Jean-Luc Parodi, directeur de recherche au Cevipof de taquiner son monde en attaquant son analyse d’un “qui disait qu’il n’y aurait pas d’état de grâce?” rigolard. D’un point de vue qualitatif, François Hollande et Jean-Marc Ayrault sont loués pour leur “simplicité“, “une certaine forme de sincérité“, le fait que contrairement à Nicolas Sarkozy, le nouveau président “ne se prend pas pour Dieu“, “ne se croit pas tout permis“. Et ses premières mesures sont reconnues, toutes symboliques qu’elles soient, le faisant apparaître “plus proche du peuple“.

Voilà qui aura échappé à tous ceux qui, politiques ou journalistes, prédisait l’enfer à François Hollande ou à tout le moins, un scepticisme, une distance certaine, les marchés menant la danse. Certes il y a sans aucun doute un peu de cela. Mais pourtant les marchés sont plutôt cléments pour François Hollande. La Tribune nous explique même que la dette française est de plus en plus plébiscitée par les investisseurs, le taux de l’obligation française de référence à 10 ans flirtant ce jeudi autour de ses plus bas historiques, en dessous des 2,5% !

Il faut donner “crédit” à François Hollande d’avoir bati toute sa campagne et son action nouvelle sur ce rétablissement de la confiance. A croire qu’il fut un élève assidu des universités populaires participatives de Ségolène Royal, notamment de la toute première quand le jeune économiste Yann Algan décrivait la société de défiance dans laquelle nous vivons et une défiance qui  explique selon lui ”dans une large mesure pourquoi la France a du mal se réformer et pourquoi la France a du mal à mettre en place un état-providence généreux“. Yann Algan citait alors ce chiffre effarant selon lequel “plus de 50% des Français pensent que pour arriver au sommet, il faut être corrompu“. Ainsi dès le mois d’Octobre, François Hollande cherchait tant bien que mal à prendre le talisman de la confiance, il déclarait :

Pourtant au-delà des symboles, salaires des ministres abaissés et autre charte de déontologie, c’est à un profond changement culturel qu’il faut s’atteler. Voilà 3 ans aux côtés de Ségolène Royal, le jeune économiste Yann Algan traçait de nombreuses pistes pour en finir avec cette société de la défiance qui au final mine notre économie. Parmi ces pistes une plus grande transparence, une meilleure redistribution, des syndicats de services eux aussi forts et transparents mais aussi des changements importants au niveau de l’éducation :
“Nous avons un système éducatif extrêmement castrateur, qui dès la petite enfance prépare non pas aux normes de sociabilisation, mais beaucoup plus à la connaissance pure. On a abouti à une école maternelle où l’on apprend l’alphabet et l’algèbre alors que les petits scandinaves apprennent les normes de sociabilisation, sans notes (…) et les seules choses que l’on trouve dans les programmes, c’est développer les modes de coopération. J’aimerais vraiment que la France s’en inspire !”.  

Il n’est pas étonnant que Vincent Peillon, ministre de l’Education ait ressorti des coffres-forts de la rue de Grenelle, nombre de rapports non publiés, “cachés” sans doute parce qu’ils disent l’étendue des dégâts. Dans l’un d’entre-eux l’Inspection Générale de l’Education Nationale dit d’ailleurs que la maternelle est devenue sous Nicolas Sarkozy une “usine” à évaluer l’écrit et le calcul.

Le peuple français ne peut s’empêcher d’espérer. Transparence, souci d’équité, d’exemplarité, le chemin emprunté par François Hollande et le gouvernement de Jean-Marc Ayrault est à même de rétablir, ou plutôt d’établir une société de confiance. Et la presse sans tomber dans la complaisance a un rôle majeur à jouer pour retisser le fil cassé. Plusieurs grands médias ont commencé à recréer le lien distendu, en allant au contact des Français. C’est le cas notamment du Monde avec l’expérience Une Année en France. Gageons que la presse dans sa grande majorité saura éviter les procès d’intention et laissera sa chance au président… au moins le temps de l’état de grâce.


 

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